Le programme Sport for Development (S4D) déployé par Tibu Africa, en étroite collaboration avec la DGAPR et Worldcoaches, repose sur une vision globale de l’accompagnement des détenus mineurs et des femmes détenues au sein des établissements pénitentiaires. Bien que le sport constitue le point d’entrée du programme, celui-ci est avant tout conçu comme un outil éducatif, psychosocial et humain, visant à agir sur les comportements, le bien-être mental et les perspectives d’avenir des bénéficiaires, dans un contexte carcéral marqué par de fortes vulnérabilités.
Les activités mises en place sont pensées de manière flexible et adaptées aux réalités de chaque établissement. Selon les espaces disponibles et les contraintes logistiques, plusieurs disciplines sont proposées, notamment le football, le basketball, le fitness adapté, la course et dans certains cas, le tennis de table. Toutefois, ces pratiques sportives ne constituent jamais une finalité en soi. Elles servent de support pédagogique pour travailler des valeurs essentielles telles que la discipline, le respect des règles, la gestion des émotions, la coopération et le vivre-ensemble. Dans un environnement souvent marqué par la tension et la frustration, le sport devient un cadre structurant permettant de recréer des repères positifs et d’instaurer un climat plus apaisé.
Au-delà du volet sportif, le programme S4D accorde une place centrale au développement personnel. Les animateurs intègrent systématiquement des temps d’échange et de discussion au sein des séances, favorisant l’expression des ressentis, des difficultés personnelles et des aspirations des détenus. Des ateliers ciblés sont ainsi consacrés à la confiance en soi, à la gestion du stress, à la prise de conscience et à la responsabilisation individuelle. Cette approche a progressivement évolué vers des accompagnements individualisés (one-to-one), particulièrement nécessaires pour les détenus présentant des situations spécifiques ou un fort niveau de fragilité psychologique.
Cette dimension est d’autant plus importante dans un contexte où les animateurs constatent une augmentation du nombre de détenus mineurs, souvent incarcérés dans des conditions difficiles, susceptibles d’avoir un impact durable sur leur construction personnelle et sociale. Face à ces réalités, les animateurs sont amenés à renforcer leur proximité avec les jeunes, à être davantage à l’écoute et à intervenir comme des repères éducatifs et humains. Dans cette logique, des approches innovantes ont également été introduites, telles que des séances de théâtre et d’expression, permettant aux jeunes de libérer la parole, d’extérioriser leurs émotions et de développer des compétences relationnelles essentielles.
Le programme porte également une attention particulière aux femmes détenues, pour lesquelles une méthodologie spécifique a été développée. Les coachs ont su instaurer un climat de confiance et de sécurité, souvent décrit comme un espace familial, favorisant l’écoute et l’accompagnement individualisé. Les activités proposées, telles que la zumba, le fitness adapté, le basketball ou le tennis de table sont systématiquement complétées par des ateliers de développement personnel axés sur l’estime de soi, la résilience et la prise de conscience. Cette approche permet aux femmes et aux jeunes filles de dépasser, progressivement, les difficultés personnelles et émotionnelles liées à leur parcours.
La qualité et la cohérence du programme reposent en grande partie sur le renforcement continu des capacités des animateurs. Grâce à l’accompagnement régulier assuré par la direction et au suivi technique du directeur technique et pédagogique de L’ONG Tibu Africa, les animateurs ont pu développer des compétences pédagogiques solides et une réelle capacité d’adaptation au contexte pénitentiaire. Leur posture dépasse aujourd’hui le simple rôle d’animateur sportif pour s’inscrire dans une démarche éducative, bienveillante et responsable.
Un autre facteur clé de réussite du programme réside dans l’implication active des bénéficiaires. Les détenus attendent avec impatience les séances S4D, perçues comme des moments de respiration, de valorisation et d’écoute. Cette assiduité et cette discipline ont également un impact positif sur leur parcours en détention, dans la mesure où un comportement engagé et respectueux au sein des activités peut contribuer à une meilleure évaluation de leur conduite globale.
Enfin, le programme S4D s’appuie sur une collaboration étroite et constructive avec la DGAPR, ses cadres et ses agents. Cette relation de confiance facilite la mise en œuvre des activités et renforce leur impact sur le terrain. Elle est d’autant plus pertinente que les cadres bénéficient eux-mêmes de formations, notamment à travers le programme WorldCoaches, créant ainsi un mécanisme cohérent et intégré de formation des bénéficiaires et des professionnels.
En conclusion, le programme S4D mené au sein de la DGAPR ne se limite pas à la pratique sportive. Il constitue un dispositif global d’accompagnement humain, visant à renforcer les compétences psychosociales, prévenir les comportements à risque et offrir aux détenus mineurs et aux femmes détenues de véritables opportunités de reconstruction personnelle et sociale, dans une perspective durable de réinsertion.